Les Nouvelles d'Huck Finn


"Huck Finn, notre envoyé spécial autour du monde, le parcourt en tous sens pour vous en rapporter des nouvelles! Qu'il neige, qu'il vente, voire même qu'il fasse soif, rien ne l'arrête lorsqu'il flaire un bon sujet! Il traque les témoignages et entasse les preuves jusqu'à ce que la vérité éclate au grand jour, c'est-à-dire après-demain!"



Vendredi 7 avril 2006


L'appel des résistants
( à copier-coller et diffuser)


Au moment où nous voyons remis en cause le socle des conquêtes sociales de la Libération, nous,
vétérans des mouvements de Résistance et des forces combattantes de la France Libre (1940-1945),
appelons les jeunes générations à faire vivre et retransmettre l'héritage de la Résistance et ses idéaux
toujours actuels de démocratie économique, sociale et culturelle. Soixante ans plus tard, le nazisme est
vaincu, grâce au sacrifice de nos frères et soeurs de la Résistance et des nations unies contre la barbarie
fasciste. Mais cette menace n'a pas totalement disparu et notre colère contre l'injustice est toujours intacte.
Nous appelons, en conscience, à célébrer l'actualité de la Résistance, non pas au profit de causes
partisanes ou instrumentalisées par un quelconque enjeu de pouvoir, mais pour proposer aux générations
qui nous succéderont d' accomplir trois gestes humanistes et profondément politiques au sens vrai du
terme, pour que la flamme de la Résistance ne s'éteigne jamais :

Nous appelons d'abord les éducateurs, les mouvements sociaux, les collectivités publiques, les
créateurs, les citoyens, les exploités, les humiliés, à célébrer ensemble l'anniversaire du programme du
Conseil national de la Résistance (C.N.R.) adopté dans la clandestinité le 15 mars 1944 : Sécurité sociale
et retraites généralisées, contrôle des " féodalités économiques " , droit à la culture et à l'éducation pour
tous, une presse délivrée de l'argent et de la corruption, des lois sociales ouvrières et agricoles, etc.
Comment peut-il manquer aujourd'hui de l'argent pour maintenir et prolonger ces conquêtes sociales,
alors que la production de richesses a considérablement augmenté depuis la Libération, période où l'
Europe était ruinée ? Les responsables politiques, économiques, intellectuels et l'ensemble de la société ne
doivent pas démissionner, ni se laisser impressionner par l'actuelle dictature internationale des marchés
financiers qui menace la paix et la démocratie.

Nous appelons ensuite les mouvements, partis, associations, institutions et syndicats héritiers de la
Résistance à dépasser les enjeux sectoriels, et à se consacrer en priorité aux causes politiques des
injustices et des conflits sociaux, et non plus seulement à leurs conséquences, à définir ensemble un
nouveau " Programme de Résistance " pour notre siècle, sachant que le fascisme se nourrit toujours du
racisme, de l'intolérance et de la guerre, qui eux-mêmes se nourrissent des injustices sociales.

Nous appelons enfin les enfants, les jeunes, les parents, les anciens et les grands-parents, les
éducateurs, les autorités publiques, à une véritable insurrection pacifique contre les moyens de
communication de masse qui ne proposent comme horizon pour notre jeunesse que la consommation
marchande, le mépris des plus faibles et de la culture, l'amnésie généralisée et la compétition à outrance
de tous contre tous. Nous n'acceptons pas que les principaux médias soient désormais contrôlés par des
intérêts privés, contrairement au programme du Conseil national de la Résistance et aux ordonnances sur
la presse de 1944.
Plus que jamais, à ceux et celles qui feront le siècle qui commence, nous voulons dire avec notre affection:

" Créer, c'est résister. Résister, c'est créer ".
Signataires :
Lucie AUBRAC, Raymond AUBRAC, Henri BARTOLI, Daniel CORDIER,
Philippe DECHARTRE, Georges GUINGOUIN, Stéphane HESSEL,
Maurice KRIEGEL-VALRIMONT, Lise LONDON, Georges SEGUY,
Germaine TILLION, Jean-Pierre VERNANT, Maurice VOUTEY.


lien video
Ces images ont été tournées en réaction au refus de la publication de ce texte par les médias dominants.
Vous pouvez diffuser ce lien sans modération.

Par Huck Finn - Publié dans : huck finn jours et nuits, mais pas le matin
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Lundi 2 janvier 2006



Huck Finn et l'ensemble de la rédaction vous souhaitent à tous
 une très heureuse année 2006,
 pleine de bonheurs, de rêves accomplis et à accomplir, de santé,
 et de toit et de nourriture, parce que tout le monde n'en a pas...
Ne baissons pas les bras, le monde n'est pas aussi pourri
que certains veulent nous le faire croire.
Ils ont beau essayer d'en faire une énorme banque inhumaine,
ça n'arrivera pas...



Par Huck Finn - Publié dans : huck finn jours et nuits, mais pas le matin
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Vendredi 2 décembre 2005


Le monde courait à sa perte depuis quelques décennies déjà. L'impérialisme et le capitalisme semblaient fondamentalement victorieux, et personne n'envisageait de résister à cet élan. Les plus jeunes citoyens de l'Empire Sino-Américain étaient complètement abrutis de Senso-Vidéo, et avaient abandonné la réalité aux dirigeants des complexes média-industriels.

Un jour pourtant, des hommes et des femmes se dressèrent contre cette situation. Mesdames Rose et Lavande (70 et 75 ans), et messieurs Tulipe, Rhododendron, et Bégonia (72, 97, et 82 ans), tous pensionnaires de la Maison de Repos des Lilas, décidèrent de mettre en route la Révolution. Monsieur Rhododendron, en tant que responsable du club de Bridge, avait accès au local associatif. Il prit la tête du mouvement, et des réunions secrètes s'organisèrent, pour mettre au point l'Ultime Révolte, celle qui changerait la face du monde à tout jamais.

Ainsi, tous les jeudis se réunissaient ces courageux vieillards pour lutter contre la course du monde vers ce qu'ils pensaient être un mur. D'innombrables projets furent mis en branle. Ils pensèrent tout d'abord à une lutte armée, bien sûr, mais leur grand âge (et leur médecin pour trois d'entre eux!) leur interdisait l'effort physique, et ce projet fut le premier abandonné d'une longue liste. Il y eut d'autres idées, comme de planter des graines sous des kilogs de terreau dans toutes les grandes villes du monde, mais là encore, leurs contre-indications médicales les empêchèrent de mettre leurs plans à éxécution. Puis une révolte pacifique en chansons, une révolution des fumées, et tant d'autres encore...

Les réunions étaient maintenant quotidiennes, et ils passèrent très vite leurs journées à dormir, pour travailler à leurs Grands Plans la nuit. Ils en oublièrent de voir le monde dans lequel ils vivaient, et ne firent plus attention à ce qui se passait dans la maison de repos. Aucun d'eux n'entendit parler de la fermeture pour cause budgetaire. Aucun d'eux ne fit attention aux licenciements successifs dans le personnel. Ni même aux départs des autres pensionnaires. Un jour, ou plutôt une nuit, le bâtiment fut muré. Ils ne s'en rendirent même pas compte. Ils ne se nourrissaient plus, puisque personne n'était là pour le faire.

Seule la Révolution importait! Ils finirent par mettre au point un plan infaillible, un plan qui réduirait à néant le pouvoir de l'argent sur l'humanité. Ils surent que ce plan sauverait le monde, et moururent de faim à la table du local associatif des Lilas, le regard vide et le sourire aux lèvres...



Par Huck Finn - Publié dans : les contes improbables
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Samedi 19 novembre 2005





photo par LeXy



Je me souviens du jour où cette photo a été prise. C'était il y a cinq ans, pour l'anniversaire de papa. C'était la dernière fois où toute la famille a été réunie, et la dernière fois où je l'ai vue. Il faisait très froid le soir, mais l'hiver touchait à sa fin. Elle est arrivée en retard, comme d'habitude, alors que tout le monde l'attendait, et que papa commençait à pester contre elle, qu'elle ne changerait jamais, qu'on ne pouvait pas lui faire confiance, etc... Il n'en pensait pas un traître mot, évidemment, elle a toujours été sa préférée. Il se servait juste de son retard comme prétexte pour grogner. C'est ce qu'il faisait le mieux, depuis qu'il ne travaillait plus. Quand elle est entrée, il s'est tourné vers elle, furieux, elle lui a souri, et, comme d'habitude, il s'est calmé tout de suite, en la regardant avec un sourire béat... On s'est installé à table, et pendant que les deux aînés se foutaient gentimment de notre père, je me suis assis à côté d'elle. Nos deux frères étaient plus âgés que nous de pas mal d'années, tandis qu'elle et moi n'avions qu'un an d'écart, alors j'ai toujours été plus proche d'elle que des deux autres.
 
Ca faisait longtemps qu'on ne s'était plus vu, elle et moi, et on ne savait pas par où commencer. J'avais quitté la maison un an plus tôt pour travailler avec un photographe, et je n'étais revenu qu'il y a un mois. Elle était partie deux mois auparavant, et on ne s'était pas croisés. Alors, on a participé à la fête. On a ri aux plaisanteries éculées de notre père, on a félicité la cuisine de notre mère, on a parlé de tout et de rien avec tout le monde et personne. Cette ambiance joyeuse était sincère, bien sûr, nous étions tous heureux de nous retrouver, mais cette joie était aussi désespérée. La guerre était imminente, et nos frères allaient partir. Demain, après-demain, personne ne savait. Tout le repas s'est déroulé dans cette atmosphère de joie forcée.
Quand tout le monde est monté se coucher, elle est restée en bas pour aider maman à débarasser la cuisine. Je suis allé fumer sur le perron, et elle m'a rejoint quelques minutes plus tard. C'est là que je l'ai photographiée. Elle n'a pas dit un mot, m'a souri, et je lui ai donné une de mes cigarettes. Elle a fini par dire, du bout des lèvres:
 -"Je n'aime pas ça!
 - moi non plus..."
Elle ne parlait pas de la cigarette. Elle avait peur, et je partageais ça avec elle. A l'époque, tout le monde avait peur, de toute façon... Mais chacun la vivait différemment, chacun avait ses inquiétudes. Elle et moi, nous avions les mêmes peurs, les mêmes inquiétudes, et à ce moment-là, on le savait très bien. Le lendemain, j'étais parti avant que les autres se lèvent, et je n'ai vu que les parents...

Quelques semaines plus tard, la guerre a éclaté, et mes frères sont partis. L'un d'eux a été emprisonné au bout de quelques mois seulement, tandis que l'autre a disparu... Lorsque l'Occupation a commencé, je suis parti me réfugier à l'étranger, là où j'étais libre d'exercer mon métier. J'avais du boulot, pour sûr... La guerre continuait, ici, et elle avait besoin de photographes. La guerre continuait aussi chez moi, d'ailleurs. La Résistance s'organisait. Ca faisait quelques années que le pays était occupé, et je ne savais pas ce qu'il était advenu de ma famille. J'ai appris plus tard que ma soeur était entrée dans cette Résistance. Qu'elle était recherchée pour ça. Puis qu'elle était morte pour ça. J'ai retrouvé cette photo une demi-heure avant d'apprendre sa mort.
Demain, une attaque conjointe sera menée de l'intérieur du pays par la Résistance, et de l'extérieur par les pays libres. Demain, je serai de retour chez moi. Et demain, j'aurais troqué mon appareil photo contre un fusil.


 
Ce texte a bien sûr été inspiré par la photo que LeXy a eu l'amabilité de m'envoyer. Vous pouvez également lui laisser des commentaires à ce sujet, je transmettrai...
Par Huck Finn - Publié dans : le boulot des amis
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Samedi 12 novembre 2005


La brume s'élève sur la campagne gelée. Le givre recouvre chaque brin d'herbe. Le chemin de terre est dur comme la pierre et mes pas résonnent.
Le jour n'est pas encore là, mais la nuit n'est déjà plus. Les étoiles s'éteignent, comme soufflée par un soupir. La lune s'éloigne à mesure que le ciel s'éclaircit.
Le froid pénètre dans ma bouche et dans mon nez comme de l'eau glacée dans une coupe. La fatigue engourdit mes jambes mais je dois continuer. Je suis une partie du monde qui m'entoure, et ce monde fait partie de moi. Je suis tellement fatigué. J'ai cru mourir cette nuit, et j'ai tout fait pour continuer. J'ai lutté pour rester debout, pour ne pas sombrer dans ce fossé si froid, si attirant. Bientôt, le jour sera là. Alors je serai sauf. Il n'y a pas âme qui vive alentour.
Même les oiseaux se sont tus. les bêtes de la forêt toute proche regagnent leurs tanières en cet instant.
Le ciel se pare de draperies de lumière. La nuit cède sa place au soleil vert, premier rayon de l'aube. Il vire à l'orange, puis le rose annonce la renaissance du monde. L'Orient s'enflamme d'un coup. Un incendie à mille lieues devant moi. Il monte si vite...
La chaleur du jour réveille ma peau, traverse mes chairs, et attise mon sang. Cette lumière m'aveugle.
Ma main devant mon visage me permet de voir le monastère au bout de ma route. Toute la campagne semble brûler, et la brume a disparu lorsque j'atteins ses portes. Je m'effondre sur le seuil et me laisse aller au sommeil. J'ai survécu à une nouvelle nuit.



Ce texte a été écrit lors d'un "apéro-écriture", en fin de journée, avec tout plein d'encens et de la musique médiévale...
D'autre part, je signale la présence d'un poème de mon cru sur le blog de lily66, pour un concours à l'occasion d'halloween. Vous pouvez le voir ici


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Samedi 29 octobre 2005



Dans la nuit du 24 Octobre, Josiane F., 32 ans, de Toulouse, est décédée d'une attaque cardiaque, en robe de chambre, dans son salon. Elle portait une écharpe autour du coup, et ses ustensiles de tricot étaient posés sur sa table de chevet. Elle a été trouvée le lendemain par son voisin, Jean-Claude A., qui a immédiatement prévenu les secours. Malheureusement, ils sont arrivés bien trop tard pour pouvoir faire quoi que ce soit. Elle ne s'est pas suicidée, mais a pourtant laissé une lettre, dont nous sommes parvenu à nous procurer une copie:

"J'ai commencé le tricot quand ma télé est tombé en panne, il y a deux ans. Au début, c'était seulement pour m'occuper en attendant de la remplacer, et j'ai eu beaucoup de mal à arriver à un résultat. Je me suis procuré une méthode pour réussir. Mais ça n'était pas suffisant. Après des mois d'efforts, je n'avais toujours pas terminé ma première écharpe, bien que le début eût été prometteur. J'avais complètement oublié ma télé, qui est d'ailleurs toujours en panne. J'ai fini par me résoudre à prendre des cours le mercredi, à l'association "une Maille à l'Envers". J'étais la plus jeune, et toutes mes camarades ont été d'une patience admirable à mon égard. Elles m'ont prise sous leur aile, m'ont entraînée, et l'une d'elle, héritière fortunée, m'a même inscrite à des cours de piano et d'escalade, pour que mes doigts deviennent souples, forts, et résistants à l'effort... Au début, j'ai cru que je progressais. J'avais abandonné mon écharpe pour passer à la confection d'un pull, car elles m'estimaient capables de le faire. En regardant leur travail, je voyais bien que je m'améliorais. Jusqu'à ce qu'on se rende compte que ce n'était pas moi qui faisais des progrès, c'étaient elles qui régressaient! J'étais la seule à m'en rendre compte, mais quand plus aucune d'entre elles ne parvenait à réaliser la moindre moufle, elles ont bien dû se rendre à l'évidence: je leur portais la poisse! Elles ont fait comme si de rien n'était, mais petit à petit, elles ont été moins aimables. J'ai d'abord dû arrêter le piano, puis l'escalade, et au bout de quelques mois, elles m'ont fait comprendre que je devais partir. Cette nouvelle m'a anéantie. J'ai dû consulter un psychiatre pour m'en remettre. Voyant que je ne faisais aucun progrès dans ma dépression, il s'est décidé à agir, et m'a convaincue de faire un cure de désintoxication du tricot. Cet épisode de ma vie a été terrible. Au bout de trois mois, j'ai réussi à arrêter. J'allais mieux, j'étais libérée! A mon retour chez moi, je suis tombée sur l'écharpe inachevée que j'avais laissée dans le salon. Je n'ai pas traversé ce salon autrement que les yeux fermés pendant quelques temps, et finalement, j'ai craqué. Je suis retombé dedans... J'ai repris mes aiguilles et ma pelote, et j'ai continué cette écharpe. Et un jour, j'y arriverai!!!"




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Mardi 18 octobre 2005



Interviouve de Molly et Huck Finn

Par Arnaud Précieuse

pour Over-Blog Mag



Arnaud:

  • Tout d'abord, bonjour à vous... Vous êtes des losers!

Molly:

  • Voui. Enfin une loseuse pour être plus précise.

Huck Finn:

  • Euh... Ouais! Salut, Arnaud!

Arnaud:

  • Qu'est-ce que la lose?

Huck Finn

  • Ben, la lose, tu vois, c'est avant tout une mentalité, un état d'esprit. Presque une philosophie... Mais c'est aussi un art, dans le sens « art de vivre », tu vois? Ca consiste à accepter les évènements, pour la plupart merdiques, qui dirigent nos vies, et à les accepter avec la plus grande incompréhension possible... C'est ça le plus gros boulot, en fait, c'est l'incompréhension! C'est pas facile, d'arriver à vraiment rien comprendre à ce qui se passe, ça demande beaucoup de travail sur soi, et un certain détachement.

Molly:

  • Hmmm... Quelle vaste entreprise que de définir la lose. Pour cela, il faut remonter à l'origine de la lose. Car, on ne naît pas loser, on le devient. En général, et sauf exception, le loser est avant tout un poisseux (poissard, poissoux selon les dialectes régionaux).

    Le poisseux, c'est celui qu'à pas de chance en général. Si il y a une grève des bus, c'est le seul à ne pas être au courant; quand une tuile tombe, c'est sur sa tête, etc.

    Les scientifiques tendent à montrer qu'on naît poisseux par contre. Le gêne de la Poisse. C'est moche, je sais. Le poisseux est condamné à être à la bourre, à la masse, à l'Ouest.

    La seule issue: la lose.

    Explication: le loseur est le poisseux qui accepte, et qui sublime cette malchance originelle. Il devient loser donc, et éleve la lose au rang de philosophie de la Vie. Car pour accepter, il doit prendre nécessairement BEAUCOUP de recul ( d'où cette insupportable désinvolture dont sont affublés les losers d'ailleurs).

    La lose, c'est prévoir la poisse en l'ignorant. Prendre la vie comme elle vient donc, sans chercher à la comprendre (bah oui la poisse est absurde, sinon ce serait pas juste, on retrouvait cette vieille perspective judeo chrétienne de punition, et les loser seraient tous dépressifs).

    La lose, c'est vivre un peu dans sa tête, pas vraiment dans le monde des gens.


Arnaud

  • Comment vis-tu la lose au quotidien?

Molly:

  • En ne cherchant pas à comprendre. Ce n'est pas ne plus se poser de questions, c'est juste ne plus y chercher de réponse. Cherche à flotter au dessus de la vie, pour éviter ses vagues. Atteindre un état pas dénué d'affect réellement, mais où les affects n'ont pas leur place dans la vie quotidienne matérielle essentiellement, mais aussi spirituelle.

    Spirituelle, car le lose n'a pas de chance non plus dans ses relations en générale. Elles sont compliquées ou trop simples, bref... Le vrai loser est un loser total.

    Car primitivement le candidat à la lose est avant tout un psychoteur. Il se pose trop de question, à laquelle il ne parvient à trouver que des réponses qui sont comme des tuiles sur le toit de ses idéaux. D'où la necessité d'adopter la lose (cf. plus haut).Voilou.

Huck Finn:

  • Ah, au début, ça n'a pas été facile! Je me demandais toujours « qu'est-ce qui se passe? Qu'est-ce qu'il m'arrive? » Mais petit à petit, je suis parvenu à atteindre l'état d'inconscience supérieure, et aujourd'hui, je peux dire sans fausse modestie que je ne me pose plus ces questions! J'ai atteint un état de lose quotidienne stagnant, je plane à 15.000 en permanence, et je comprends jamais rien à ce qu'il m'arrive! C'est très agréable d'en être arrivé là, mais il faut pas se reposer sur ses lauriers, je dois tous les jours travailler mon niveau de lose, sinon, c'est la descente, et pour remonter, c'est la lutte!

Arnaud:

  • Depuis quand pratiques-tu la lose?

Huck Finn:

  • Oh, ça fait bien une dizaine d'années, maintenant... Mais attention, ça fait seulement 5 ans que j'ai vraiment atteint un bon niveau!

Molly:

  • Intensément depuis 2 ans. Inconsciemment depuis plus longtemps. Je l'ai adopté en mode de vie à la suite d'une série conséquente d'évenèments de la lose (les fameux pic de poisse); devant tant d'absurdité et d'incapacité à y faire front, je décidais donc de m'en moquer.

    Depuis, c'est mieux.

    La lose, l'essayer c'est l'adopter.

Arnaud:

  • As-tu une anecdote de lose à livrer à nos lecteurs?

Huck Finn:

  • La dernière fois que j'ai voulu me rendre à une convention de losers, à Nantes, j'avais pris mon billet de train une semaine à l'avance, j'avais fait vérifier mon réveil et j'en avais emprunté un à un pote, pour être sûr de me lever! Le matin de mon départ, je me suis planté dans les correspondances du métro, et quand je suis arrivé à la gare, mon train était parti depuis une minute. J'ai demandé le train suivant au guichet, et au moment de changer mon billet, je me suis rendu compte que je l'avais paumé. J'ai cherché sur mon trajet dans le métro, pas moyen de le retrouver! Alors je suis rentré chez moi, j'ai appelé les organisateurs de la convention pour les prévenir de mon retard, et on me répond que la convention a été annulée pour cause de sécheresse en Bretagne, et qu'on a oublié de me prévenir...

Molly:

  • Question difficile car la lose est avant tout un ensemble d'évènement qui ne prennent tout leur sens qu'en étant confrontés les uns aux autres. La lose est tellement impressionnante que des liens de la lose se créent entre les coups du sort, faisant du loser un mec à la vie désespérante de sens et de non sens: tant d'absurdités créant entre elles une vie soumise au sens psychanalitique des dégâts engendrés par la lose, ça dépasse l'entendement.

Arnaud:

  • Comment envisages-tu la lose, dans ton avenir?

Molly:

  • Essentielle. Pour surmonter les aléas merdiques de ma vie. Cette « malédiction » aboutit à une philosophie de la vie géniale, qui rend tout plus facile à vivre, qui rend fort, on peut même dire.

    (Molly s'enflamme) Oui! La lose, c'est une forme de résilience !

    Enfin, ceci dit, je suis pas contre moins de poisse non plus. Ca ferait des vacances, tiens.

Huck Finn:

  • Ah, là, je pense sérieusement à passer à l'enseignement, en fait. Je pense que dans ce genre de domaines, la transmission du savoir est primordiale. D'abord pour partager mes connaissances avec des losers moins accompli, pour leur permettre d'éviter les pièges que j'ai pu expérimenter, et ensuite parce que je pense que c'est la seule façon pour moi de progresser, dorénavant.

Arnaud:

  • As-tu un conseil de lose pour les débutants?

Molly:

  • - « Quand l'élève est prêt, la lose arrive ».

Huck Finn:

  • Il y a surtout deux règles à suivre quoi qu'il arrive! « Cherche pas à comprendre! » et « si t'as compris quelque chose, oublies-le tout de suite! »



Par Huck Finn - Publié dans : huck finn jours et nuits, mais pas le matin
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Mardi 11 octobre 2005



Voici un petit texte fort bien tourné, oeuvre de mon frère qui mérite grandement, à mon humble avis, d'être lu et apprécié par tout un chacun...



Le Tour de France


J'orolais1 déjà plus péniblement depuis une fione2 de courgades3, mais j'étais rédurné4 à bléer5 jusqu'au bout. Après tout, n'avais-je pas blotardisé6 que je farnirais7 fal que fal8? Aussi tortorai9-je mes pautres10 pour ne penser qu'à l'asrulte11, malgré l'entouille12, malgré les graiges13, je poussais sur mes galiches14 révinalement15. Il restait un bon flatiot16 d'isgarre17 et je ne savais plus ou vocaster18 le brégodin19 qui me permettrais de craouater20 jusqu'au purotte21... Tout mon balounier22 n'était plus qu'une fouloche23 sans pougeron24. Mais cigouillement25, après une gélandre26 de trop, je dus bien vabruger27 que je n'étais pas fait pour le cyclisme.



1 oroler : v. Avancer en vers et contre tous, affrontant tous les obstacles, oubliant toute interrogation et tout objectif autre que celui de parcourir un peu plus de distance vers l'horizon

2 fione : n.m. Approximation numérique se situant plus ou moins entre une douzaine d'oeufs et le carré de trois

3 courgade : n.f. Mesure de distance correspondant au trajet parcouru par une trottinette lancée à pleine puissance sur une pente à quatre pour cent et pilotée par un individu de poids moyen en dix minutes

4 être rédurné : f.v. Se fixer une obligation morale personnelle intérieure à soi-même vis à vis d'un objectif particulier plus ou moins futile

5 bléer : v. Prendre part à un événement .« L'important c'est de bléer » Pierre de Coubertin

6 blotardiser : v. Prendre stupidement le pari que l'on est apte à réaliser un objectif quelconque de manière à augmenter son prestige social auprès de ses amis et relations diverses

7 farnir : v. Réaliser l'objectif quelconque sus mentionné (cf 6) même si l'intérêt en est limité

8 fal que fal : exp. Quoi qu'il en coûte, quel qu'en soit le prix, même si ça fait très très mal ou que ça oblige à se séparer de sa mère ou encore à vendre ses pantoufles

9 tortorer : v. Ne pas prendre en compte certaines informations envoyées au corps par le cerveau et susceptibles de perturber l'activité en cours, ignorer des signes pourtant évident

10 pautre : n.f. AAAAAAAAAAAAAAARRRRRRRRRRRRRGGGGGGGHHHHHHHH!!!!!!!!!....douleur

11 asrulte : n.f. Long ruban de bitume qui se déroule jusqu'à l'horizon, sinuant au fil du relief, guidant sans fin les explorateurs inlassables de nos vastes contrées

12 entouille : n.f. Fatigue tant physique que morale frappant l'homme laborieux qui s'use à la tâche, l'aventurier solitaire loin de son foyer et de sa famille, alors que l'espoir a disparu et que plus rien ne semble pouvoir le sauver...

13 graige : n.m. Problème pouvant être dû à des difficultés physiques, à une usure implacable s'exerçant sur la partie musculeuse du corps, entrainant des douleurs lancinantes et tiraillantes, voire insupportables au commun des mortels

14 galiche : n.f. Organe fonctionnant en binôme et permettant la marche chez les bipèdes. Parfois appellé « jambe »

15 révinalement : adv. Sans vraiment y penser, mécaniquement, tel un ensemble de complexes rouages entraînés par un ressort poussif et grinçant mais dur à la tâche

16 flatiot : n.m. Partie d'un tout divisé grossièrement en trois, plus ou moins un tiers

17 isgarre : n.m. Fraction d'un long trajet sans fin, correspondant parfois au changement de cheval ou même des pneumatiques de sa Formule Un. Exemple : dans l'alphabet français le quatrième isgarre se situe entre D et E

18 vocaster : v. puiser

19 brégodin : n.m. Fluide mystique, dernier recours de l'épuisé avant l'effondrement total vous ne viendrez plus chez nous par hasard

20 craouater : v. Poursuivre sans relâche, maintenir l'effort même au delà de l'épuisement et de l'abattement moral, persévérer, aller jusqu'au bout de l'extrême limite

21 purotte : n.m. But final après toutes les épreuves, promesse de récompenses et de déliquescences sans fin amplement mérité

22 balounier : n.m. Présence physique d'une âme, réceptacle de l'esprit dès le jour de la naissance, corps

23 fouloche : n.f. Paquet informe de lambeaux de tissu, certes amusant, voire même parfois joli, mais néanmoins totalement informe et loqueteux et invitant plus à la pitié qu'à l'admiration contemplative

24 pougeron : n.m. Volonté qui motive l'esprit et anime le corps, ultime recours du faible et du désespéré face aux puissants qui l'oppriment et tentent de le briser tant physiquement que mentalement

25 cigouillement : adv. Qui arrive d'un coup, comme on meurt d'une attaque au poignard ou comme une envie de pisser bien que ce soit moins grave

26 gélandre : n.f. Méchante gamelle souvent subie à grande vitesse et dans des conditions pouvant facilement entrainer des réactions gloussantes chez le public

27 vabruger : v. Prendre conscience brutalement d'un fait inconnu jusqu'à présent et apte à modifier la perception de la vie pour celui qui en est sujet



On est bons, dans la famille, hein?

Par Huck Finn - Publié dans : le boulot des amis
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Dimanche 9 octobre 2005

Kézaco un "potlach"?
Réponse chez arturo, ici

Petit compte-rendu en chiffres du potlach de la Tête d'Or...


1  Chien
1  Potlacheux ponctuel (c'était moi!)
2  Suissesses
3  Vins rouges différents
4  Trucs très bizarres à manger ( gratons, fritons, "senovis", omelette )
5  Séries de pompes par des gens bizarres à côté
6  Paires de lunettes
6  Tentatives de drague par JY pour les autres
7  Heures de potlach au soleil
8  Allers-retours aux toilettes
9  Gens contents de leur journée ( m'a-t-il semblé )
10 Ecureuils
11 En-fous ( on z'en fout... désolé! )
12 Sacs
13 Degrés de plus que ce qu'on espérait
18 Chaussures
21 Cadeaux ( suis pas sûr du chiffre, là! )
28 Photos prises
37 Lancers de bâtons, dont 1 dans la hanche d'une voisine qui pensait être peinarde au parc, et qui est partie après que Cléo ( le chien d'Adi ) soit venu le chercher dans son sac à main...
43 Corbeaux
55 Clopes
112 Conversations entamées, 0 finies
213 Bicyclettes, tricycles, et quadricycles à touristes
412 Joggeurs sont passés sans nous dire bonjour...

Bref, une bonne journée, un truc à refaire... J'ajouterai des liens vers les articles des autres participants, quand ils se seront mis au boulot!

l'article de lapin gris

Par Huck Finn - Publié dans : huck finn jours et nuits, mais pas le matin
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Jeudi 29 septembre 2005





La nature, c'est merveilleux! Elle fait preuve d'un génie absolument incroyable dans le développement des espèces, elle nous sort des inventions merveilleuses tout le temps, dans tout les coins du monde... L'homme aura beau chercher, essayer de comprendre, aller toujours plus loin pour cataloguer chacune de ses trouvailles, il aura toujours un train de retard sur Dame Nature!
Regardez la diversité des systèmes de reproduction, et leur adaptabilité à l'environnement, par exemple... Alors que l'homme ne pense généralement qu'au rapport mâle-femelle, on trouve dans le règne animal toutes sorte d'options différentes! Certaines grenouilles peuvent changer de sexe, les escargots sont hermaphrodites, et les pucerons peuvent se cloner! Tout ceci est incroyable, n'est-ce pas? Et je n'ai pas encore abordé le délicat thème des plantes...
Quant aux plantes ( ayé! j'aborde ce thème délicat...), elles font preuve d'une ingéniosité constante dans l'utilisation d'espèces animales pour transporter le pollen à leurs partenaires -si partenaire il y a! Tout le monde connaît l'histoire de l'abeille et de la fleur, surexploitée par les parents pour expliquer la reproduction à leur marmots. Mais la nature va beaucoup plus loin que ça! Certaines graines doivent être mangées pour pouvoir donner la vie, d'autres nécessitent l'intervention d'autres types de plantes... Bref, on trouve de tout!
Mais il est une espèce végétale qui bat tous les records en matière d'adaptation au milieu ( du moins pour la méthode de reproduction ). En effet, bien que ce fait soit assez peu connu, nous sommes en mesure d'affirmer que le platane se sert de l'homme pour se reproduire! Cet arbre a même fait plus que s'adapter à l'homme! Il s'est adapté à son utilisation massive de la technologie! Pourquoi, me direz-vous? Ou même : comment ça? Hé bien, je vais vous l'expliquer!
On trouve dans le pollen de platane, une particularité étonnante: chaque grain est doté d'une charge magnétique, positive où négative selon l'arbre qui l'a relâché! C'est épatant, je trouve! Ainsi, le grain de pollen tombe lorsqu'un objet métallique passe sous l'arbre, se fixe à l'objet métallique, et le quitte lorsqu'il passe à proximité d'un arbre récepteur... Et le tour est joué!
Je me doute, bien sûr, qu'il me faut maintenant convaincre les sceptiques! Mais j'ai des preuves! Il vous suffit d'ouvrir les yeux et d'observer. Où trouve-t-on le plus de platanes? Ils ont deux endroits-types favoris: le bord des Routes Nationales, et autour des terrains de pétanque! Et quel est le point commun entre ces deux types de biotopes? Le métal, bien sûr, qu'il s'agisse des boules de pétanque ou des voitures! Et pour ceux qui refusent d'admettre cette évidence, pourquoi croyez-vous qu'il y ait autant d'accident sur les Nationales? Et plus particulièrement en Juillet-Août? Hein? Ce serait pas la période de pollinisation, par hasard? Et voilà!
Je vous le dit, la nature est merveilleuse!






la castration du mélèze en Haute-Savoie, qui n'a rien de commun avec un platane!





Voilà! Si mon cher frère pouvait avoir l'amabilité de nous fournir le nom latin de la bête, et de ne pas trop me contredire sur les périodes de pollinisation, je le remercie d'avance de nous cultiver par ses commentaires érudits et botaniques...
Par Huck Finn - Publié dans : les contes improbables
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